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200 ans d’Histoire de France à travers les placements des épargnants

8 octobre 2018

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Pour fêter ses 200 ans, la Caisse d’Epargne se projette vers les 200 prochaines années avec un dossier spécial consacré aux futurs du patrimoine ; mais pour éclairer l’avenir, interroger le passé est indispensable. Historienne d’entreprise et responsable de la valorisation du patrimoine historique des Caisses d’Epargne, Laure de Llamby revient sur les grandes tendances qui ont présidé aux placements des Français au cours des 200 dernières années.

Qu’est-ce que l’observation des 200 dernières années nous apprend sur l’attitude des Français face à l’épargne ?
Laure de Llamby : Le premier enseignement de l’étude historique, c’est que le patrimoine est avant tout le reflet de son époque. Si l’on résume dans les grandes lignes cette évolution historico-économique française, voici ce qui se dégage : il y a 200 ans, la France était un pays encore majoritairement rural, et le patrimoine des Français traduisait leur attachement à la terre ; puis la révolution industrielle est venue, amenant avec elle une certaine euphorie boursière ; les deux guerres mondiales ont par la suite fait naître de nouvelles préoccupations de liquidités ; et enfin, dans les années 60, la bancarisation de la société française et le dynamisme des Trente Glorieuses a favorisé l’accessibilité de la population à l’épargne monétaire, devenue aujourd’hui une préoccupation du plus grand nombre, alors qu’elle ne concernait au début du XIXe siècle qu’une infime partie de la population française.

On voit bien ainsi, qu’à l’image de l’époque qu’ils traversent, les placements des Français reflètent la conjoncture économique nationale et internationale, tout comme l’attitude des épargnants face à l’avenir – inquiète ou au contraire pleine d’optimisme.

Quels types de placements sont privilégiés par les Français au cours du XIXe siècle ?

L. de L. : La première moitié du XIXe siècle est marquée par une nette préférence pour les actifs réels. Pour préciser, on observe trois types de placements chez les épargnants français à cette époque :

  • Les actifs immobiliers constituent le placement par excellence, représentant environ 3/5 du patrimoine global en France ;
  • Les placements en actifs financiers sont dominés par les créances hypothécaires et les rentes, témoignant du privilège donné par les épargnants à la sécurité ;
  • Les placements liquides ou semi-liquides commencent à se développer avec la création, en 1818, des Caisses d’Epargne.

La seconde partie du XIXe siècle, au contraire, est marquée par le déclin du placement immobilier, et par un intérêt grandissant pour les valeurs boursières.

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Comment cet engouement pour les valeurs mobilières se manifeste-t-il ?
L. de L. : La part croissante des placements monétaires au cours du XIXe siècle est l’une des conséquences de l’expansion du réseau bancaire français, marquée par la naissance des grandes banques de dépôt, et le développement du réseau des Caisses d’Epargne et de la Caisse nationale d’épargne, qui voit le jour en 1881.

Par la suite, tout au long du XXe siècle, deux facteurs cumulés mènent les actions françaises à revenu variable à prendre une part de plus en plus importante dans les portefeuilles des Français : d’une part, les avoirs en valeurs étrangères – grands gagnants du début du siècle –, ne résistent pas aux deux conflits mondiaux (les emprunts russes en sont l’exemple le plus connu) ; par ailleurs, les poussées inflationnistes favorisent quant à elles la désaffection pour les valeurs à revenu fixe.

Cette évolution durant l’entre-deux-guerres s’effectue parallèlement au profit des encaisses liquides, qui connaîtront un essor constant – notamment sous forme de dépôts en Caisses d’Epargne – jusqu’à représenter 10 % de la fortune des ménages à la Libération.

Comment les années d’après-guerre sont-elles vécues du point de vue du portefeuille des Français ?
L. de L. : On assiste tout d’abord à une transformation majeure dans la répartition du patrimoine au sein de la population française : la part de patrimoine détenue par les classes moyennes augmente significativement, à mesure que celle des 10 % les plus riches baisse, suite aux destructions d’actifs associées aux deux guerres mondiales. Cette tendance perdurera d’ailleurs durant l’après-guerre et les Trente Glorieuses1.

Deux courants simultanés caractérisent par ailleurs les préférences de placements des Français au cours de ces années d’après-guerre :

  • Les programmes de reconstruction favorisent un retour en grâce des avoirs immobiliers, qui retrouvent des niveaux comparables au début du XIXe siècle ;
  • Les encaisses liquides continuent de prendre une importance croissante dans le portefeuille des ménages.

 

Comment s’opère l’accroissement de la part des actifs financiers qui caractérise notre époque actuelle ?
L. de L. : Entre les années 60 et 80, la structure financière du patrimoine des Français ne connaît pas de bouleversements spectaculaires : les actifs immobiliers restent prépondérants (plus de 50 %).
Concernant les actifs financiers, après une montée en puissance des placements liquides et à court terme liée aux réformes Debré de 1965-1967, ceux-ci s’orientent à la baisse à partir des années 80, en raison d’une gestion plus active du patrimoine financier, de l’élargissement spectaculaire de l’offre des établissements financiers et du développement des préoccupations de long terme (retraite notamment).

Enfin, malgré d’importantes fluctuations liées à la variabilité des cours boursiers (notamment l’éclatement de la bulle Internet en 2000), la concentration du patrimoine des 10 % les plus riches tend à repartir à la hausse, passant de 15-20 % à environ 25 % entre le début des années 1980 et le début des années 20102.

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(1) GARBINTI Bertrand, GOUPILLE-LEBRET Jonathan & PIKETTY Thomas (2016a), « Income inequality in France, 1900-2014: Evidence from distributional national accounts (DINA) », WIID, working paper et GARBINTI Bertrand, GOUPILLE-LEBRET Jonathan & PIKETTY Thomas (2016b), « Accounting for wealth inequality dynamics : Methods, estimates and simulations for France (1800-2014) », WIID, working paper.

(2) GARBINTI Bertrand, GOUPILLE-LEBRET Jonathan & PIKETTY Thomas (2016a), « Income inequality in France, 1900-2014: Evidence from distributional national accounts (DINA) », WIID, working paper et GARBINTI Bertrand, GOUPILLE-LEBRET Jonathan & PIKETTY Thomas (2016b), « Accounting for wealth inequality dynamics : Methods, estimates and simulations for France (1800-2014) », WIID, working paper.

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