En France, on estime que les femmes perçoivent une pension de retraite inférieure de 38 %1 à celle des hommes, une différence nettement supérieure aux écarts de salaires pendant la vie active. Pourquoi un tel différentiel et comment mieux se préparer ? Toutes les réponses avec Olga Trostiansky, co-fondatrice et membre du Laboratoire de l'Égalité.
Quelle est la situation des femmes à la retraite ?
Olga Trostiansky : On observe une diminution très lente des écarts. Nous avons 38 % d’écart de pension de droits directs en moyenne entre les femmes et les hommes, c’est-à-dire qu’en moyenne, les hommes touchent 2 090 € brut de retraite par mois contre 1 310 € brut par mois pour les femmes. C’est un écart macro d’environ 780 € en moyenne par mois.
Ce qui est intéressant, c’est de comparer l’âge moyen de départ à la retraite des femmes et des hommes : ces derniers partent à la retraite environ à 62 ans et 4 mois, et les femmes partent plus tard, un peu après 63 ans. Cela s’explique notamment parce que les femmes se sont souvent arrêtées pendant leur parcours professionnel, elles doivent donc travailler plus longtemps pour obtenir leur retraite à taux plein. Certaines d’entre elles décident de s’arrêter et de prendre leur retraite même si elles n’ont pas atteint ce taux plein, et ce souvent parce qu’elles sont en couple et que leur conjoint, peut-être plus âgé, s’est arrêté.
Il y a une dernière donnée qui est intéressante, c’est que les femmes sont plus nombreuses à disposer de faibles pensions de retraite, même lorsqu’elles ont effectué une carrière complète. Vous l’aurez donc compris, les femmes ont des situations plus précaires que les hommes à la retraite, même si l’écart de 38 % descend à 25 % lorsque l’on intègre les pensions de réversion qui, on le rappelle, sont versées sous conditions aux veufs et aux veuves après le décès du conjoint.
Olga Trostiansky : Ils s’expliquent par plusieurs raisons.
D’abord, le montant des pensions dépend des salaires perçus et de la durée de cotisation. Depuis le milieu des années 1990, les femmes sont entrées de manière massive sur le marché du travail et si l’écart de salaires entre les femmes et les hommes s’est réduit, il reste de 22,2 %2.
Autre point important : les femmes s’orientent plus souvent vers des métiers du « care » : emploi à domicile, soutien aux personnes âgées ou personnes en situation de handicap, etc., des professions qui n’offrent pas les mêmes perspectives de rémunération.
Et il y a évidemment un sujet lié à la maternité, qui a un impact déterminant dans le niveau d’obtention d’une pension de retraite. Qu’il s’agisse d’un premier enfant ou non, après une naissance, le recours au temps partiel augmente davantage pour les mères que pour les pères. 28,1 % des femmes ayant eu un enfant ont un emploi à temps partiel, un chiffre qui passe à 40,6 % chez les mères de trois enfants. De leur côté, 5,9 % des hommes occupent un emploi à temps partiel après une naissance, 6,9 % avec trois enfants3 : des situations très différentes entre les pères et les mères, qui sont des critères intéressants dans la réflexion sur les retraites. Peut-être un dernier point au sujet du système actuel de retraite qui a été pensé dans les années 1945, dans une société avec des valeurs patriarcales et un modèle du couple et des familles qui datent de cet immédiat après-guerre. On parle souvent de « Monsieur gagne-pain et Madame salaire d’appoint » qui permet de comprendre comment cela fonctionnait et comment cela ne fonctionne plus, ou moins, en tout cas.
Olga Trostiansky : Les chiffres sont parlants : 28,1 % des femmes travaillent à temps partiel contre à peu près 7,6 % des hommes4. Ce que l’on sait moins, c’est que le temps partiel a des conséquences très importantes sur les pensions de retraite. Par exemple, lorsqu’un couple envisage que la femme cesse de travailler le mercredi pour s’occuper des enfants, cela représente 20 % de salaire en moins. Elle va donc cotiser pour sa retraite sur la base d’un salaire minoré de – 20 %. C’est mathématique !
Olga Trostiansky : D’abord, il est essentiel que les femmes puissent prendre des décisions et comprendre quelles en sont les conséquences, quel est l’impact sur leur retraite. Il est vrai que lorsqu’on a 30 ans, on pense éventuellement à fonder une famille, se marier et avoir des enfants (ou pas). On est plutôt dans cette dynamique et on ne réfléchit pas toujours à ce que l’ensemble des décisions qu’on prend peut avoir comme impact financier. Il y a donc un enjeu fort d’information pendant la vie active, pour les hommes comme les femmes, afin de comprendre que lorsqu’on fait le choix de mettre sa carrière entre parenthèses – ce dont on peut tout à fait avoir envie – cela aura des conséquences sur sa pension de retraite.
Ce qui est important, c’est l’autonomie, l’indépendance financière des femmes et des hommes. Quand on veut décider, c’est plus facile lorsqu’on a de l’argent que lorsqu’on n’en a pas.
C’est très important que les hommes et les femmes puissent réfléchir et tenir compte des conséquences, des décisions qu’ils prennent, même très tôt. Et il faut vraiment anticiper, c’est le maître mot, afin que les femmes et les hommes, en particulier les femmes qui le font peut-être moins, puissent un jour prendre chaque décision en toute connaissance de cause.
Interview réalisée le 20/11/2020 et mise à jour le 25/09/2025, sous réserve d’évolutions de l’actualité économique et financière, ainsi que des dispositions fiscales, juridiques et réglementaires.
Communication à caractère publicitaire et sans valeur contractuelle.
[1] Les retraités et les retraites, 2025, DREES.
[2] Écart de salaire entre femmes et hommes, 2023, Insee.
[3] Emploi, chômage, revenu du travail, 2023, Insee.
[4] Ibid.